Tiré du livre d’or des âmes du Purgatoire, par M.-J.-S. Benoît de J., prêtre (Montréal, 1925)
« Ce volume, contient (…) cent cinquante récits de merveilleuses apparitions des âmes du purgatoire. Tous ces traits extraordinaires ont été tirés des écrits de maîtres très renommés de la vie spirituelle. »
Cent troisième apparition : La toute puissance d’intercession de la Vierge Marie
La très sainte Vierge s’est plusieurs fois servie des âmes du purgatoire pour convertir les pécheurs, et pour délivrer ses serviteurs de mortels périls. Dans une ville du royaume d’Aragon, Espagne, un seigneur avait épousé une femme très belle et très pieuse. Un autre seigneur se mit à lui faire la cour. Cette femme le repoussait ; mais lui, la guettait partout, jusque devant les fenêtres de sa maison. Le mari vint à l’apprendre, et son cœur s’emplit aussitôt de jalousie. Il surveilla son épouse jour et nuit. Bien qu’il ne découvrit rien de mal en elle, il lui sembla qu’il n’aurait de repos qu’en tuant ce rival. Le matin donc, avec sa femme et un seul domestique, il s’en va à sa maison de campagne. Le soir arrivé, il appelle celle-ci dans une chambre retirée, ferme la porte à clef, pose un papier sur la table, sort un pistolet et somme son épouse d’écrire ce qu’il va lui dicter : “ Si tu refuses, lui dit-il, je te tue à l’instant.” Troublée, terrifiée, elle se dispose à écrire. C’était une invitation à l’autre seigneur, de venir la trouver dans ce lieu, en l’absence de son mari ; que telle nuit, à telle heure, il verrait une échelle dressée contre le mur du jardin, qui le conduirait jusqu’à une fenêtre par où il entrerait en sûreté. La lettre écrite, elle est confiée au domestique, avec ordre de la remettre secrètement aux mains du destinataire, comme venant de sa maîtresse. L’imprudent seigneur en fut rempli de joie. Il lut et relut cette lettre, la baisant avec des transports de joie, comme un vrai insensé. L’heure venue, il monte sur un bon cheval et se met en route. Il allait au grand galop du cheval, lorsqu’il aperçut des condamnés suspendus à la potence, selon la coutume d’Aragon, de laisser les corps ainsi exposés, afin d’effrayer les bandits. Cette vue, lui rappelant qu’il n’avait point, ce jour-là, récité son chapelet, selon l’habitude qu’il avait de le faire, malgré ses crimes perpétuels, il commença à le dire en faveur des âmes de ces suppliciés, pour lesquelles, sans doute, personne ne priait. La récompense ne se fit point attendre. Une voix forte lui cria : “ Arrêtez, n’allez pas plus loin ! ” Il regarda partout ; mais ne vit rien autre chose que les cadavres. Il fait partir son cheval. La même voix crie de nouveau : “ Arrêtez, vous dis-je, n’allez pas plus en avant ! ” Comme il n’était pas peureux, il descend de cheval et examine ces cadavres, à moitié mangés par les corbeaux, afin de voir s’il n’en trouverait pas un de vivant. En effet, d’une des potences, il entend cette supplication : “ Seigneur, je vous prie, par pitié, de couper cette corde, qui m’étrangle.” Le seigneur, plus surpris que touché de compassion, donne un coup d’épée à cette corde et le corps tombe à terre, d’où il se relève aussitôt. Le ressuscité voulut le suivre ; mais naturellement, le seigneur voulut aller seul. “ Mais, reprit l’autre, ignorez-vous qu’un danger extrême vous attend, au bout de votre course, que la mort vous y guette ? Je veux vous délivrer. Laissez-moi vous témoigner ma reconnaissance.” Se voyant ainsi découvert, le seigneur ne fit plus d’objection. Il remonta à cheval, et prit son nouveau compagnon en croupe. Ils ne tardèrent pas à apercevoir la maison. L’échelle était placée. Le seigneur voulut y monter tout de suite. — ” Non pas, dit son compagnon, il y a là un piège, laissez-moi monter le premier, afin que vous n’y soyez pas pris. Donnez-moi seulement votre chapeau et votre manteau.” Quand il les eut, il s’élança vers l’échelle,et pénétra dans la maison, par la fenêtre ouverte. Au même instant, on entendit un cliquetis d’armes, des menaces, des cris de colère, des coups, et au bout de quelques secondes, un corps frappé de coups d’épée, tombait au pied du mur. Il se releva cependant, et dit au seigneur tout hors de lui : “ Vite ! vite à cheval, et sauvons-nous ! ” Lorsqu’ils furent à quelque distance, le ressuscité dit : « Avez-vous vu maintenant ? Avez-vous compris la belle réception qu’on voulait vous faire ? Le mari vous attendait pour vous tuer, à coups d’épée. Dites-moi, s’il avait réussi, où serait allée votre âme? Remerciez donc la Mère des miséricordes, qui vous a délivré, à cause de votre fidélité à dire le chapelet tous les jours. Vous devez aussi remercier les âmes du purgatoire, qui vous rendent aujourd’hui ce que vous avez fait pour elles. Changez de vie et apprenez à craindre Dieu.” Comme il finissait ces paroles, l’inconnu descend de cheval, se rattache au gibet, déclare qu’il a été miraculeusement envoyé de l’autre vie pour l’empêcher d’être tué et précipité en enfer. Une minute après, ce n’était plus qu’un cadavre. Quant au seigneur, il est facile de deviner dans quels sentiments il rentra chez lui. Le cœur tout bouleversé, il fit le sacrifice de sa vie à Dieu ; il se dévoua pour le reste de ses jours à la pénitence. aux œuvres de piété et devint un modèle de sainteté. Voilà une bien belle récompense pour ces deux faibles dévotions à la très sainte Vierge et envers les âmes du purgatoire ! Que ce trait nous encourage fortement à les pratiquer de mieux en mieux, durant toute notre vie. Si les âmes du purgatoire ne nous sauvent pas ainsi de la mort et de l’enfer, elles nous rendront bien d’autres services, qui vaudront mille et mille fois plus que tout ce que nous aurons fait pour elles.
Vendredi
Seigneur, Dieu tout-puissant,
je vous en conjure par le Sang précieux
que votre divin Fils Jésus a, en ce jour, sur l’arbre de la croix, versé de ses mains et de ses pieds,
délivrez les âmes du purgatoire
et, en particulier, celle pour laquelle je suis tenu de prier davantage,
afin que ce ne soit point par ma faute qu’elle n’entre pas aussitôt
dans votre gloire pour vous louer et vous bénir éternellement. Ainsi soit-il.
V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel.
R/. Et que la lumière sans fin brille sur eux.
V/. Qu’ils reposent en paix.
R/. Amen.

